Naissances avec des fractures : erreur médicale ou complication à l’accouchement ?

Naissances avec des fractures : erreur médicale ou complication à l'accouchement ?

Dans les hôpitaux, les centres de santé et les cliniques en Guinée, parfois, des cas de fractures ou de complications sérieuses surviennent lors de l’accouchement. Bien que rares, ces situations plongent familles et soignants dans une détresse profonde et soulèvent une question douloureuse : qui en est responsable ? Pour les non-spécialistes, il s’agit d’une erreur médicale. Pour le personnel soignant, ce sont des complications inévitables qui surviennent lorsque certaines femmes enceintes sont en travail. Des nouveau-nés arrivent ainsi au monde avec un bras cassé, une fracture de la colonne vertébrale ou un traumatisme. Une réalité troublante qui a suscité notre curiosité et nous a poussés à aller à la rencontre de celles et ceux qui l’ont vécu.

Nous avons rencontré une jeune mère qui a vu son enfant avec une fracture de la colonne vertébrale. Elle a traversé une période très difficile au cours des neuf premiers mois. Après le tour de quelques hôpitaux de Kindia, lieu de naissance de la petite Diami, ils ont été référés vers le CHU-Donka. Là-bas, après consultation, les résultats annoncent une fracture de la colonne vertébrale. « C’est à l’accouchement que cela lui est arrivé. Face aux pleurs persistants quelques jours après le baptême. Nous l’avons envoyé à l’hôpital pour une consultation. Ils nous ont demandé de l’envoyer à Conakry, soit à Ignace Deen ou à Donka. Nous sommes allés à Donka. Après une radiographie, les résultats montrent qu’elle a un problème au niveau de la colonne vertébrale. Cela nécessitait une intervention mais pas à l’immédiat parce que la fille était encore très petite », explique la mère de la petite, Kadiatou Sall.

Les os encore trop fragiles, les médecins demandent à la famille de patienter une année entière avant toute intervention. Douze longs mois d’attente, d’angoisse et de prières. Le 10 octobre 2025, à l’occasion d’un programme réunissant des enfants nés avec une malformation au CHU-Donka, la petite Diami a enfin été opérée. Un soulagement immense, mais à un prix lourd. « Ma fille a été opérée, mais cela a coûté à mon mari en tout 25 000 000 GNF », précise-t-elle.

Dans les maternités, les sages-femmes sont en première ligne face à ces situations. Elles aussi portent le poids de ces moments critiques, souvent seules, avec les moyens du bord. L’une d’entre elles, qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, explique ces accidents : « Des complications au niveau de l’accouchement peuvent entraîner des traumatismes chez certains nouveaux nés. Cela intervient à la sortie du bébé. C’est la tête qui sort en première position, après ce sont les épaules. A ce niveau il faut une certaine manœuvre pour aboutir. Parfois si le bébé est gros ça fatigue ».

Une femme, résidant dans un quartier de la banlieue de Conakry, s’est confiée à notre rédaction. Dans son quartier, une jeune mère venait chaque jeudi et dimanche matin chez un tradipraticien pour soigner son bébé de quelques semaines seulement, dont la main gauche avait été fracturée à la naissance. Accusée par son mari d’être responsable du malheur de leur enfant, elle a été chassée du domicile conjugal. « La dame a payé pour un problème qu’elle n’a pas causé. Pour une complication à l’accouchement. Son bébé, tout innocent, avait la main gauche fracturée. Son mari ne lui a pas fait de cadeau : il l’a chassée de chez lui », raconte Maïmouna Diallo, encore marquée par ce qu’elle a vu.

Dans les témoignages, se dresse une similitude. Jeannette est mère de quatre garçons. À l’accouchement de son deuxième fils, Olivier, le même cas s’est produit. Le bébé est né avec une fracture. Mais contrairement à d’autres, Jeannette, elle, n’est pas prête à parler de « complication » pour décrire ce qu’elle a vécu. Pour cette mère de famille, la responsabilité des sages-femmes présentes dans la salle d’accouchement est entière. « Lors du travail, le bébé a beaucoup souffert avec elles. Je peux dire que c’est Dieu Seul qui m’a aidée. Nous avons eu de chaudes discussions avec elles après avoir constaté la fracture de la main du bébé. Nous avons même failli porter plainte contre leur clinique pour incompétence. Nous avons également décidé de ne pas payer le montant lié à cet accouchement. Pour moi, ce n’est pas une erreur, c’est une incompétence », s’indigne-t-elle.

Entre complications médicales et erreurs humaines, la vérité reste suspendue dans un flou difficile à expliquer. D’un côté, des mères brisées qui cherchent des réponses. De l’autre, un personnel soignant qui invoque des circonstances incontrôlables. Et au milieu, des enfants qui portent dans leur chair les séquelles d’une naissance difficile.

Mohamed Diawara

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