Non, l’excision n’est pas l’équivalent féminin de la circoncision !

Non, l'excision n'est pas l'équivalent féminin de la circoncision !

Ces derniers jours, la question de la pratique ou non de l’excision a repris une place inmportante dans le cyberespace africain. Le retour de ce sujet sur le devant de la scène fait suite à une campagne de promotion de la pratique de l’excicion au Mali faite sur les réseaux sociaux dans le pays. Celle-ci a déclenché une vague de soutiens, mais aussi de critiques contre cette pratique pourtant jugée néfaste par les spécialistes. 

Cette campagne a d’ailleurs relancé le débat public autour de cette comparaison souvent entendue : « Si on autorise la circoncision des garçons, pourquoi interdire l’excision des filles ? ». Pourtant, cette comparaison est non seulement fausse sur le plan médical, mais elle banalise aussi la pratique de l’excision reconnue internationalement comme une violation des droits des filles et des femmes.

Un fléau qui reste massif en Guinée

La Guinée affiche l’un des taux de prévalence de l’excision les plus élevés au monde, juste derrière la Somalie. Selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) de 2018, environs 95 % des femmes et filles guinéennes de 15 à 49 ans ont subi une mutilation génitale féminine (excision). Chez les filles de moins de 15 ans, la prévalence reste autour de 39 %, un chiffre resté quasiment stable depuis l’interdiction juridique de la pratique en 2000, interdiction renforcée par le Code de l’enfant en 2008, et le nouveau Code pénal de 2016.

L’autre préoccupation reste la médicalisation de la pratique. De nombreuses mutilations sexuelles féminines en Guinée sont aujourd’hui réalisées par du personnel de santé (infirmiers ou sages-femmes) dans l’espoir, souvent illusoire, de réduire les risques. C’est précisément ce point que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a choisi de combattre frontalement depuis 2025.

Dans cet article, Génération qui ose liste trois raisons pour lesquelles la circoncision et l’excision ne peuvent, en aucun cas, être comparées.

  1. La circoncision présente des bénéfices sanitaires documentés ; l’excision n’en présente aucun !

Plusieurs études, menées notamment en Afrique subsaharienne, ont établi que la circoncision masculine peut réduire le risque d’infections urinaires chez le nourrisson et diminuer le risque de certaines infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, chez l’adulte. Sur cette base, l’OMS et l’ONUSIDA ont conclu dès 2007 que la circoncision médicale constitue une stratégie additionnelle dans la lutte contre l’épidémie de VIH, dans les zones où sa transmission est essentiellement hétérosexuelle. Ce n’est pas un acte anodin ni obligatoire, mais un acte dont l’utilité sanitaire, même partielle, est mesurée et reconnue.

L’excision, à l’inverse, ne présente aucun avantage comparable ou non. L’OMS est catégorique sur ce point : les mutilations génitales féminines ne présentent aucun avantage pour la santé des jeunes filles et des femmes, quelle que soit leur forme. Plus encore, dans une mise à jour de ses recommandations publiée en 2025, l’OMS souligne que ces pratiques ne sont jamais « sûres ». Même réalisées en environnement stérile par un professionnel de santé, elles restent associées à des risques graves, et leur médicalisation ne fait que donner une fausse impression de sécurité. C’est un point crucial pour plusieurs pays, où la médicalisation progresse précisément sur la base de cette fausse sécurité.

  1. L’excision cause des dommages physiques et psychologiques graves et irréversibles

Contrairement à une idée reçue qui tendrait à minimiser ses effets, l’excision entraîne des conséquences sévères et bien documentées. Parmi les complications les plus courantes, figurent les hémorragies lors de l’opération, les infections urinaires, les règles douloureuses, les douleurs chroniques, une diminution du plaisir sexuel, ainsi que des complications à l’accouchement pouvant mettre en danger la mère et l’enfant. Des études cliniques ont par ailleurs mesuré une diminution significative de la fonction sexuelle chez les femmes excisées par rapport aux femmes non excisées, ainsi qu’une corrélation directe entre l’excision et la survenue de troubles obstétricaux.

Le coût humain se double d’un coût économique considérable : l’OMS estime que la prise en charge médicale des conséquences des mutilations sexuelles féminines coûterait 1,4 milliard de dollars par an dans le monde. Une charge que des systèmes de santé déjà fragiles, comme celui de la Guinée, peuvent difficilement absorber.

La circoncision, réalisée par un professionnel qualifié dans de bonnes conditions d’hygiène, présente un profil de risque très différent : entre 0,6 % et 2 % des patients présentent des complications, généralement mineures (saignement, infection localisée) et prises en charge médicalement, sans séquelle durable dans l’immense majorité des cas. L’écart de gravité entre les deux pratiques n’est donc pas une nuance de degré, mais une différence de nature.

  1. L’excision n’est prescrite par aucun texte religieux, contrairement à la circoncision

Argument fréquemment invoqué pour justifier l’excision : la religion. Les faits montrent pourtant le contraire. Aucune prescription du Coran n’ordonne l’excision, et de nombreuses institutions islamiques la considèrent aujourd’hui comme une pratique culturelle sans fondement religieux. Il s’agit avant tout d’une pratique culturelle et non religieuse, une conclusion que partagent plusieurs analyses théologiques : les hadiths authentiques précisent que la circoncision est obligatoire pour les hommes, tandis que l’excision ne fait partie ni de la sunna ni des enseignements islamiques, et relève exclusivement de coutumes sociales antérieures à l’islam.

La circoncision masculine, en revanche, s’inscrit explicitement dans certaines traditions religieuses, notamment islamiques, où elle est reconnue comme un rite prescrit. Cette asymétrie est déterminante : elle interdit de placer les deux pratiques sur un pied d’égalité au nom d’un argument religieux commun, un seul des deux actes disposant d’une réelle assise religieuse.

Comparer excision et circoncision, donc, revient à ignorer trois différences fondamentales, toutes documentées par les données médicales et les organisations internationales : l’une a une utilité sanitaire démontrée, l’autre n’en a aucune ; l’une comporte un risque de complications mineur et pris en charge, l’autre cause des dommages graves et souvent irréversibles ; l’une s’inscrit dans une prescription religieuse explicite, l’autre repose sur des traditions culturelles sans fondement religieux.

Avec un taux de prévalence parmi les plus élevés au monde, la Guinée ne peut se permettre de laisser cette confusion prospérer dans le débat public. Persister à mettre les deux pratiques sur le même plan revient à minimiser une atteinte grave aux droits fondamentaux des filles et des femmes ; et à retarder un peu plus l’abandon d’une pratique que rien – ni la médecine, ni la religion – ne justifie.

Elisabeth Zézé Guilavogui

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