Longtemps perçue comme un simple rite religieux ou culturel, la circoncision est aussi reconnue par le corps médical pour ses bénéfices sanitaires : hygiène, réduction des risques d’infections et contribution à la prévention du VIH. Mais au-delà de l’acte, une question cruciale se pose : à quel âge faut-il circoncire ? Entre la pratique néonatale (dans les premiers jours ou mois de vie), l’enfance et l’adolescence, les approches diffèrent. Les médecins recommandent souvent la circoncision précoce pour des raisons de santé et de cicatrisation, tandis que les communautés privilégient parfois un âge plus avancé, lié aux rites d’initiation ou à la symbolique sociale. Comment concilier ces perspectives pour garantir une pratique à la fois sûre, respectueuse et bénéfique ? Dr Aboubacar Sidiki Yansané, médecin généraliste, s’est prêté aux questions de Génération qui ose. Interview…
Sur le plan médical, en quoi consiste exactement une circoncision ?
Le terme médical de la circoncision est la posthectomie. C’est une intervention chirurgicale qui consiste à retirer une partie du prépuce, c’est-à-dire le surplus de peau qui recouvre le gland du pénis. Une fois l’opération réalisée, le gland reste découvert de façon permanente. Beaucoup de méthodes et techniques courantes sont utilisées. Le choix de la technique dépend principalement de l’âge du patient et du contexte clinique. La méthode de référence à tout âge est la suivante : il faut désinfecter et anesthésier, c’est-à-dire faire l’anesthésie locale.
Chez le nouveau-né et le nourrisson, des dispositifs spécifiques sont très répandus. Le premier jour de la circoncision, il faut éviter les bains, le sport intense et les rapports sexuels pendant 3 à 4 semaines chez l’adulte.
Quels sont les principaux bénéfices sanitaires reconnus par la médecine ?
La médecine reconnaît plusieurs bénéfices potentiels de la circoncision, mais considère aussi que ces bénéfices doivent être mis en balance avec les risques et les préférences personnelles. Par exemple, chez un nouveau-né en bonne santé, la circoncision n’est pas considérée comme médicalement indispensable dans la plupart des pays. Donc, les principaux bénéfices sanitaires reconnus sont :
- La réduction du risque d’infection urinaire : les nourrissons et les garçons circoncis ont un risque plus faible d’infection urinaire durant la première année de leur vie. Ces infections restent toutefois relativement rares chez les garçons.
- Une diminution du risque de certaines infections sexuellement transmissibles, exemple les IST. Des études ont montré une diminution du risque d’acquisition du VIH lors des rapport vaginaux chez les hommes hétérosexuel, vivant dans les régions où le VIH est très répandu.
- La circoncision réduit également le risque de certaines IST comme le papillomavirus humain (HPV) et dans une moindre mesure, l’herpès génital. En revanche, elle ne remplace pas le préservatif qui reste le moyen le plus efficace de prévenir les IST.
- Elle élimine le risque du phimosis. Elle prévient également le paraphimosis (urgence médicale où le prépuce d’un homme non circoncis reste bloqué en arrière du gland). Elle réduit les épisodes de balance et inflammation du gland.
- La circoncision réduit aussi le risque de cancer du pénis qui est très rare. mais il est encore plus rare chez les personnes qui sont très bien circoncis. une bonne hygiène génitale réduit également ce risque. il favorise une réduction indirecte du risque de cancer du col de l’utérus sur le partenaire féminin. c’est-à-dire que la circoncision peut contribuer à réduire la transmission de ces virus aux partenaires.
Pourquoi recommandez-vous généralement la circoncision néonatale plutôt qu’à un âge plus avancé ?
La raison est simple. Une circoncision choisie sans raison médicale et urgente est généralement plus simple lorsqu’elle est réalisée sur le nouveau-né. L’intervention est plus rapide chez le nouveau-né. Elle dure souvent entre 10-20 minutes. La cicatrisation est généralement plus rapide aussi chez le nouveau-né, la guérison prend souvent sept à 10 jours. Le risque de complications est légèrement plus faible que chez les enfants plus âgés ou les adultes lorsqu’elle est réalisée par un professionnel qualifié, et l’anesthésie devient plus simple. On utilise généralement l’anesthésie locale associée à des mesures pour soulager la douleur. Lorsqu’elle est réalisée à l’âge avancé, l’enfant ou l’adulte nécessite souvent une anesthésie plus importante. La récupération peut être plus longue. Il peut y avoir davantage d’inconfort après l’opération.
Comme toute intervention chirurgicale, la circoncision comporte des risques, mais ils sont généralement faibles lorsqu’elle est réalisée dans des bonnes conditions ( une structure sanitaire, un hôpital, une clinique…). Le risque de la douleur, du saignement, d’infection, de la cicatrisation anormale, plus rarement des complications nécessitant une nouvelle intervention est réduit (lorsqu’un enfant est très mal circoncis, cela peut occasionner la reprise du même enfant au bloc pour une intervention).
Comment conseillez-vous les parents sur la circoncision de leur enfant, entre données médicales, bénéfices, et respect de leurs convictions culturelles ou religieuses ?
Lorsqu’on conseille des parents au sujet de la circoncision, il est essentiel de donner une information équilibrée, fondée sur les données médicales, tout en respectant les convictions culturelles et religieuses de chaque famille.
Il faut d’abord définir la circoncision comme un acte chirurgical qui consiste à retirer une partie du prépuce recouvrant le gland, puis expliquer ses bénéfices : elle peut diminuer le risque de certaines infections urinaires chez le nourrisson, réduire le risque de certaines infections sexuellement transmissibles plus tard dans la vie, et prévenir certaines pathologies du prépuce.
Cependant, un enfant non circoncis peut rester en parfaite santé, avec une bonne hygiène. Il est important de préciser que la circoncision n’est pas une urgence médicale, à l’absence d’un problème comme un phimosis (rétrécissement de l’extrémité du prépuce (l’anneau préputial) qui empêche ou rend difficile le décalottage, c’est-à-dire le fait de découvrir le gland du pénis) sévère ou des infections répétées. La circoncision est un choix et non une nécessité médicale.
Le rôle du personnel de santé est donc d’accompagner les parents sans jugement, quelle que soit leur décision. Si la circoncision est motivée par des raisons religieuses ou culturelles, on les guide vers une réalisation sécurisée. Si les parents choisissent de ne pas circoncire leurs enfants, ils doivent recevoir des conseils sur l’hygiène du prépuce et être rassurés : un enfant non circoncis peut être parfaitement en bonne santé.
Quels sont les risques et complications possibles, et quelles précautions et soins faut-il observer avant et après l’intervention pour les limiter ?
Les complications sont rares mais possibles, surtout lorsque l’acte n’est pas réalisé dans de bonnes conditions. On peut citer : le saignement (parfois important s’il n’est pas contrôlé), l’infection locale de la plaie, la douleur mal prise en charge, une mauvaise cicatrisation, et dans les cas les plus graves des lésions du gland, une sténose (rétrécissement) du méat urinaire, voire des complications nécessitant une reprise chirurgicale.
Pour limiter ces risques, plusieurs précautions sont indispensables :
- Faire réaliser l’intervention par un professionnel qualifié, dans un établissement de santé ou par un personnel correctement formé.
- Utiliser du matériel stérile et assurer une prise en charge adaptée de la douleur.
- Informer les parents en amont sur les risques possibles et sur les signes qui doivent alerter.
Après l’intervention, les soins sont tout aussi importants que l’acte lui-même : maintenir la plaie propre et sèche, changer régulièrement le pansement si nécessaire, respecter scrupuleusement les conseils du professionnel de santé. Les parents doivent consulter rapidement si l’enfant présente de la fièvre, un saignement important, un gonflement anormal ou un écoulement de pus.
Dans le contexte guinéen, où la circoncision reste largement pratiquée pour des raisons culturelles et religieuses, quelles sont vos recommandations pour la rendre plus sûre, notamment sur l’âge auquel la réaliser ?
Il n’y a pas d’obligation médicale de circoncire un nouveau-né : il est tout à fait possible qu’un enfant ne soit jamais circoncis, la circoncision n’étant pas indispensable pour la plupart des garçons en bonne santé.
Cependant, lorsque le choix est fait de circoncire, il vaut mieux le faire à l’âge néonatal plutôt que d’attendre que l’enfant grandisse ou devienne adulte : cela permet de réduire significativement le risque de complications, comparé à une circoncision réalisée plus tardivement.
Les grandes sociétés médicales s’accordent sur le fait que les bénéfices existent et sont scientifiquement documentés, mais qu’ils ne sont pas suffisamment importants pour rendre la circoncision systématique ou obligatoire pour tous les garçons. La décision dépend du contexte médical, culturel, religieux et des préférences de la famille.
En Guinée, où la circoncision est largement pratiquée pour des raisons religieuses et culturelles, la recommandation est claire : elle doit être réalisée par un professionnel de santé ou une personne bien formée, dans des structures sanitaires (cliniques ou hôpitaux) respectant des conditions d’hygiène strictes, afin de limiter au maximum le risque de complications.
Si vous deviez donner un seul conseil aux parents guinéens sur cette question, quel serait-il ?
Le message essentiel aux parents est le suivant : la circoncision présente des bénéfices médicaux reconnus, mais elle n’est pas indispensable pour tous les garçons. Si elle est choisie, elle doit être réalisée dans de bonnes conditions médicales, avec une information claire sur les avantages, les risques et les soins à apporter après l’intervention.
Propos recueillis par Elisabeth Zézé Guilavogui


