C’est une histoire aussi dramatique que comique, vécue par une jeune fille âgée de 15 ans. Pour protéger son identité, nous l’appelons Marly*. Elle est originaire de Koubia, une localité située à 475 kilomètres au nord-est de la capitale Conakry. Illettrée, cette adolescente d’une beauté rare, est affectueusement surnommée “la blanche” pour son teint. Elle est venue à Conakry pour apprendre la couture il y a maintenant trois ans. Contre son gré, elle s’est vue forcée d’épouser un homme qui aurait plus de quatre fois son âge.

Invitée à rejoindre le village sans lui préciser les motifs, Marly* a découvert que son père voulait la marier à un septuagénaire de retour de l’Angola. N’étant pas d’accord, elle a volé la valise qui lui était destinée ainsi que son contenu pour retourner à Conakry, pendant que tout le monde était à la prière un vendredi. Une amie intime de la fille a raconté l’histoire à un contributeur de Génération qui ose.

Tout a commencé pendant les vacances de 2023. Marly* a reçu un appel de son père vivant au village lui demandant de s’y rendre avant un jeudi du mois d’août. Elle a obéi et s’est embarquée le lendemain. Après neuf heures de traversée, Marly* est arrivée au village. À sa grande surprise, son père lui a annoncé la nouvelle d’un éventuel mariage avec une personne âgée. Sans lui demander son avis, le prétendant avait été accepté par la famille en raison de sa richesse. Choquée, la jeune fille a fondu en larmes pendant des heures.

La mère de Marly*, impuissante, s’est contentée de consoler sa fille bien-aimée. Elle n’avait jamais été consultée pour donner son avis sur ce prétendu projet de mariage. Comme dans de nombreux foyers, les femmes se contentent souvent d’obéir et de se soumettre. « Sa maman ne voulait pas que sa fille se marie avec ce vieil homme. Mais malgré tout, elle ne pouvait pas s’y opposer. Marly*, voyant les choses évoluer, se sentait presque piégée. Elle a été forcée d’épouser un vieil homme qui vivait en Angola. Comme il était riche, son père lui a promis de le lui donner en mariage. La fille a dit qu’elle ne voulait pas de ce vieil homme. Face à l’insistance de son père, elle a réalisé qu’elle ne pouvait pas échapper à son destin », raconte son amie.

À l’annonce de cette nouvelle désagréable, Marly* a contacté son frère vivant en France pour convaincre leur père d’abandonner ce projet qui risquait de la plonger dans un grand désespoir. Elle lui a détaillé tous les dangers d’un mariage forcé et précoce. Mais malheureusement, ses tentatives pour ramener leur père à la raison se sont heurtées à son refus catégorique. Désespérée, Marly*, ayant entendu parler de l’achat d’une valise et de vêtements pour le mariage, a décidé de fuir seule. « Arrivée le mercredi, elle a appris la même journée ce projet. Elle a passé le jeudi à négocier pour qu’il n’ait pas lieu. Comme l’intervention de son frère a échoué malgré les arguments qu’il a exposés, son père a persisté. Marly* a décidé de fuir avec la valise achetée par le prétendant. Comme son père avait prévu de présenter des cadeaux aux fidèles musulmans du village après la prière du vendredi, la jeune fille a attendu ce moment pour mettre son projet à exécution. Voyant que tout le monde était à la mosquée, elle est entrée dans la chambre de son père pour prendre la valise et son contenu, puis elle est partie chez l’intime amie de sa mère pour se cacher. Tard dans la nuit, elle a quitté la localité clandestinement pour retourner à Conakry, avec la complicité de l’amie de sa mère », raconte-t-elle.

Son père, surpris d’apprendre cela, s’en est pris à la mère, qu’il a accusée. Il a déversé sa colère sur elle en lui infligeant de violents coups. Cette dernière a répondu qu’elle n’était pas au courant du projet de fuite de leur fille. Le frère de Marly*, alerté, est venu en Guinée. Arrivé au village, il a payé pour libérer sa mère en frappant son père à son tour. Même si pour lui, c’était la limite, le jeune homme a voulu réparer le mal qui aurait causé un grand préjudice à sa jeune sœur.

Quant à Marly*, elle est restée plusieurs jours sans informer ses parents de son retour à Conakry. Son oncle l’a accueillie chez lui jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre. Comme un oiseau libéré de sa cage, Marly* a échappé à ses bourreaux qui étaient prêts à la livrer au plus offrant.

*Identité volontairement changé pour préserver son identité

Mohamed Diawara – Contributeur de Génération qui ose

Génération qui ose est une plateforme d’informations et de sensibilisation sur la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes (SRAJ), de promotion de l’émancipation des femmes et de lutte contre les violences basées sur le genre. Ce projet est porté par l’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI) en partenariat avec le Fonds des Nations-Unies pour la population (UNFPA) et le ministère guinéen de la Jeunesse. Suivez-nous également sur les réseaux sociaux avec le hashtag #GquiOse.

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