En Guinée, le viol reste un phénomène de société difficile à endiguer. Chaque année, ce sont des centaines de cas qui sont recensés. Ce qui a de lourdes conséquences sur la vie des femmes qui en sont victimes. C’est encore plus dramatique quand les violences sexuelles touchent des mineures.

Pour toucher du doigt ce phénomène, notre contributrice Oumou Koultoumy Bah a recueilli le témoignage de Nana*, une jeune fille victime de viol à l’âge de 12 ans. Lisez son témoignage…

« Je m’appelle Nana*, j’ai 18 ans maintenant et je vis avec mes parents adoptifs. Lorsque j’étais en classe de 8e année, alors âgée seulement de 12 ans, je fus victime de viol dans mon école. J’ai été violée par le surveillant principal de l’école où j’étudiais. Ce surveillant que nous appelions Hades aimait retenir les élèves tard à l’école, après les cours, sous prétexte de les punir pour les “bêtises” qu’ils auraient commises en classe.

Un jour, suite à une dispute que j’ai eu avec une amie pendant le cours d’histoire, j’ai été punie et emmenée au bureau du surveillant. Il m’y a retenue jusqu’à ce que toute l’école soit vidée de ses élèves. Puis, il s’est mis à agir bizarrement à mon égard. Il s’est approchée de moi avec un regard rempli de désir et de convoitise et il m’a dit : « De la chair fraîche ! » Cela m’a effrayée, anéantie. J’ai commencé à pleurer. J’ai crié, je me débattue mais il ne s’est pas arrêté et personne n’est venu à mon secours. Il m’a arraché mon innocence sans vergogne. Il m’a arraché ma jeunesse sans remords.

Je vivais avec ma tante et à mon retour à la maison, celle-ci n’a rien su. Car elle faisait pas beaucoup attention à moi. Le lendemain, j’ai vécu un autre cauchemar qui a failli m’achever : l’homme qui m’a violée est venue chez nous, oui chez moi, pour demander ma main… en mariage. J’ai eu beau expliqué à ma tante que c’était une crapule, un violeur, mais elle ne m’a point écoutée. J’ai donc été mariée à mon violeur. Mais j’avais décidé que je ne vivrai pas avec lui. C’est ainsi que je me suis enfuie de la ville où nous vivions pour aller dans une autre ville où, heureusement, j’ai été recueillie par un foyer de jeunes filles.

Après ma fuite de ce mariage avec mon violeur, j’ai pu continuer mes études et décrocher récemment mon baccalauréat avec mention, par la grâce du Tout-Puissant.

C’est évident que les années sont passées, mais les séquelles et le traumatisme sont malheureusement toujours présents en moi. Cet homme, je le maudirais à chaque moment de mon existence, jusqu’à la fin de ma vie.

Je partage mon histoire parce qu’aucune fille ne mérite ce sort. Aucune fille ne mérite ce sort qui a été le mien ! Halte aux violences basées sur le genre ! Halte au viol ! Halte au mariage précoce et hante au mariage forcé. Notre vie compte aussi ! Respectez nos droits ! »

Témoignage recueilli par Oumou Koultoumy Bah

Génération qui ose est une plateforme d’informations et de sensibilisation sur la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes (SRAJ), de promotion de l’émancipation des femmes et de lutte contre les violences basées sur le genre. Ce projet est porté par l’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI) en partenariat avec le Fonds des Nations-Unies pour la population (UNFPA) et le ministère guinéen de la Jeunesse. Suivez-nous également sur les réseaux sociaux avec le hashtag #GquiOse.

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