Les 27 et 28 mars 2026, l’ONG les Amazones de la Presse Guinéenne (APG), avec le soutien de Feminist Opportunities Now (FON), ont organisé la 1ère édition du Forum sur le féminisme en Guinée. Autour du thème « Comment se porte le féminisme en Guinée ? », le forum a réuni autorités, ONG traitant de questions féministes et les défenseurs des droits des femmes, pour des panels de discussions et des sessions d’échanges. La dernière journée de ce forum a été consacrée à la formation d’une vingtaine de jeunes filles sur des questions juridiques autour de leurs droits et sur le leadership féminin.
Pour les Amazones de la Presse Guinéenne, il était important de tenir cette réflexion sur l’état du féminisme en Guinée, surtout en ce moment où les chiffres récents sur les violences de tous types, surtout à l’endroit des femmes, restent élevés. « Si nous voulons une réponse honnête, nous devons regarder la réalité en face. Car les chiffres récents nous interpellent avec une force brutale. Parler de féminisme en 2026, ce n’est pas seulement débattre d’idées, c’est répondre à une urgence humanitaire et sociale. Sur les violences, selon les dernières données de l’OPROGEM, rien qu’en 2023, plus de 200 cas de viols ont été signalés officiellement. Mais nous savons que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Une étude d’Afrobarometer publiée en 2024 révèle que 76 % des Guinéens considèrent encore la violence conjugale comme une affaire privée à résoudre en famille, et non comme un crime.
Sur les pratiques néfastes, la Guinée reste l’un des pays où le taux de mutilations génitales féminines est le plus élevé au monde, touchant encore 95 % des femmes de 15 à 49 ans. Sur l’éducation et l’avenir, si des projets comme le SWEDD montrent des succès avec un taux de rétention scolaire frôlant les 100 % dans certaines zones, la réalité globale reste précaire : 41 % des jeunes filles en Guinée sont mariées avant l’âge de 18 ans, et une proportion alarmante d’entre elles quitte les bancs de l’école pour devenir mères précocement », a rapporté Hassatou Lamarana Bah, vice-présidente de l’ONG les Amazones de la Presse Guinéenne.
Ces chiffres, pour le moins révélateurs, déterminent donc l’objectif de ce forum : analyser l’impact du mouvement féministe dans le pays et comprendre pourquoi, malgré un arsenal juridique favorable aux femmes, les mentalités peinent encore à évoluer. « Ces chiffres ne sont pas des fatalités, ce sont des appels au combat. En tant qu’Amazones de la Presse Guinéenne, notre rôle est d’utiliser nos micros et nos plumes pour que ces statistiques cessent d’être de simples nombres et deviennent des visages, des histoires, et des moteurs de changement. Avec l’appui de Feminist Opportunities Now (FON), nous avions un objectif clair pour ces deux jours : analyser sans complaisance ces dynamiques pour identifier pourquoi, malgré les lois, les mentalités peinent à évoluer. Former 30 jeunes filles leaders pour qu’elles connaissent parfaitement le cadre juridique de protection et sachent l’utiliser. Bâtir un réseau solide pour qu’aucune organisation féministe ne se sente isolée dans son combat », a poursuivi la vice-présidente.
Pour traduire les mots en actions concrètes, l’ONG a élaboré un Manifeste pour un « Féminisme guinéen de progrès, de justice et d’impact ». Selon la journaliste-activiste, ce document « ne sera pas une simple déclaration d’intention, mais une feuille de route pour nos autorités et nos partenaires ». Car pour ces femmes, le féminisme en Guinée est debout et résilient, mais il a besoin de renforts, de moyens et d’une solidarité intergénérationnelle sans faille.
La cérémonie d’ouverture a aussi connu la présence de Maïmouna Yombouno, vice-présidente du Conseil National de la Transition (CNT) et de Patricia Lamah, ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités. Cette dernière, dans son discours, a salué l’initiative, la qualifiant de « pertinente et porteuse d’espoir », car elle offre un cadre propice à des échanges constructifs sur l’état du féminisme en Guinée.
Poursuivant, elle a mis en avant les progrès réalisés ces dernières années, tout en rappelant les défis persistants, notamment en matière de violences basées sur le genre, d’égalité entre les sexes et d’autonomisation des femmes et des filles. Pour la ministre, les médias jouent un rôle crucial dans la déconstruction des stéréotypes. « Informer, c’est équilibrer ; Sensibiliser, c’est prévenir. La promotion des droits des femmes appelle à une mobilisation collective : institutions, société civile, médias et familles. C’est au sein du foyer que se construisent les valeurs de respect et d’équité », a insisté Pauline Adeline Patricia Lamah, avant de réaffirmer l’engagement de son département à accompagner les initiatives citoyennes.
Prononçant le discours d’ouverture officiel, Hadja Maïmouna Yombouno, vice-présidente du CNT, a insisté sur le rôle de l’autonomisation économique dans la promotion des femmes. Pour elle, une femme autonome est mieux armée pour défendre ses droits ainsi que ceux de ses enfants, notamment face au phénomène des mariages précoces. Poursuivant, elle a indiqué que le féminisme n’est pas une opposition, mais un combat pour l’équité, la dignité et la justice sociale. Et dans cette lutte, les médias peuvent être de puissants leviers de transformation sociale s’ils s’attaquent aux clichés sexistes, a-t-elle assuré.
Après la cérémonie d’ouverture, deux panels ont marqué la première journée. Le premier a porté sur « Définir le féminisme guinéen » et le second sur « Féminisme et Médias : Au-delà des Stéréotypes ». Au-delà, une conférence débat sur « Les lois et la réalité en Guinée » et un témoignage sur les violences numériques, ont meublé la première journée.
La seconde journée, elle, a réuni une vingtaine de filles autour de deux formations gratuites sur les thèmes « Connaître Mes Droits, Construire Mon Pouvoir » et le « leadership féminin ». Au sortir de ces sessions, les bénéficiaires se sont réjouis des contenus proposés et des leçons apprises.
Elisabeth Zézé Guilavogui


