Chaque année, des centaines de victimes de viol sont enregistrées en Guinée. Sont touchées par ce phénomène des femmes de divers âges : jeunes filles, femmes ou encore des grands-mères. Cette choses ignoble a des conséquences très graves sur les victimes, tant physiquement que psychologiquement. Mais peu sont ces personnes qui osent révéler ce qui leur est arrivé. Plus souvent, la majorité préfèrent garder le silence sur le sujet. De peur d’être stigmatisée. Or, comme l’encouragent les autorités et les activistes pour les droits des femmes, il faut dénoncer ces actes barbares afin d’obtenir justice et soutien moral. Car, ne pas le faire peut impacter négativement les victimes tout le restant de leur vie.

Bibata* est âgée de 30 ans. Aujourd’hui mariée et mère de deux enfants, après son premier divorce, elle reste très traumatisée par le viol dont elle a été victime alors qu’elle n’avait que 13 ans. Sous couvert de l’anonymat, elle témoigne pour Génération qui ose des traumatismes qu’elle subit. En effet, malgré les année passées, cette blessure se réveille régulièrement en elle : 

« Jusqu’à mes 13 ans, j’étais heureuse. Dans mon village, je vivais avec mes parents, mon petit frère et un oncle (cousin de mon père). Entre mon père et mon oncle, il y avait une confiance énorme. Etant un homme très occupé, mon père m’a confié à son cousin pour ce qui est de mon éducation. Mon école était un peu distant de mon village. Alors mon oncle aussi était un marchand qui revendait des chaussures en cuirs à un marché plus proche de mon école. Donc, le matin nous cheminions ensemble. Il m’accompagnait à l’école avant d’aller s’installer au marché. Et après les cours, je venais à sa place l’attendre pour rentrer ensemble le soir. Il fabriquait des chaussures pour moi quand je venais à sa place. Puis, il me les faisait essayer. Mais à chaque fois qu’il me faisait porter les chaussures, il profitait pour me caresser des pieds jusqu’aux jambes. Étant innocente à l’époque, je pensais que ce n’était rien de mauvais. Loin de m’imaginer que c’était dangereux. Au moment de l’attendre pour rentrer le soir, quand j’avais envie d’aller aux toilettes, il m’accompagnait et ne détournait pas le regard. Comme c’est un aîné, je pensais que c’était peut-être normal. Mais un jour, il nous a fait attendre jusqu’à tard. A chaque fois que je lui disais de fermer pour qu’on rentre à la maison, il me répondait qu’il y avait une cliente qui a acheté des chaussures, qu’on devait l’attendre. Nous étions dans un petit marché où quand il faisait tard, il n’y avait plus personne. 

Constatant qu’il y avait presque plus personne, il a pris les chaussures et m’a dit de l’accompagner pour les remettre lui-même à leur propriétaire. Cet alors qu’il m’a conduit dans la brousse, derrière le marché, et s’est jeté sur moi sans ménagement. Il m’a violé. J’ai eu beau crier de toute mes forces, mais avec ses mains, il m’a fermé la bouche. J’ai presque perdu le souffle et son souffle à lui résonnait sur mes oreilles. C’était comme si on versait de l’eau chaude sur moi, j’ai versé beaucoup de larmes. Après qu’il a fini son sale besogne, il s’est relevé de moi et m’a contraint avec des menaces de n’en parler à personne.

Couchée, paralysée avec du sang, tout ce que je voulais, c’était mourir. J’avais le dégoût pour moi-même. Mais ce lourd fardeau, j’ai dû le garder longtemps dans mon cœur toute seule. Finalement, j’ai abandonné les études par peur de me retrouver de nouveau seule avec lui. Peu de temps après mon abandon des études, on me donna en mariage. Mais depuis mon mariage, le visage de mon mari s’est transformé pour moi en celui de mon oncle. Quand mon mari me touche, je titube, je tremble, j’ai peur ! Pour le premier contact entre mon mari et moi, cela a été très difficile pour moi car j’étais traumatisée. Je voyais en lui mon oncle qui m’a violé. Dans mon foyer, j’étais censée m’épanouir, mais au contraire, je souffrais à chaque fois que j’entretenais des relations intimes avec mon mari. Je ne ressentais que du dégoût et de la douleur, jamais du plaisir. Ceci m’a poussé souvent à repousser mon mari. Cela a eu pour conséquence le divorce de mon premier mari.

Après, j’ai eu un deuxième mariage. La situation était toujours la même. Mais cette fois-ci, j’ai décidé d’en parler à mon mari qui a heureusement compris la situation. Il m’a beaucoup soutenu, bien que cela n’ait pas été facile. Mais grâce à son aide, je me sens beaucoup mieux ; même si le traumatisme du viol que m’a infligé mon oncle revient régulièrement me hanter ».

Après avoir écouté son témoignage, nous avons demandé à Bibata* pourquoi a-t-elle décidé de nous raconter cette histoire. Elle a répondu : « J’ai décidé de partager cela avec vous, c’est pour encourager toutes les victimes de viol, surtout les jeunes filles, à en parler. Car, c’est un lourd fardeau dont elles ont besoin d’en parler à quelqu’un de confiance pour les aider à supporter cette souffrance. Mais il faut savoir que le viol, c’est une blessure qui ne cicatrise pas ».

A notre tour, nous disons : « Brisons le silence sur le viol et réclamons justice !»

*Nom volontairement changé pour préserver l’identité de la victime qui a fait son témoignage

Témoignage recueilli par Fatima Diallo – Contributrice de Génération qui ose

Génération qui ose est une plateforme d’informations et de sensibilisation sur la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes (SRAJ), de promotion de l’émancipation des femmes et de lutte contre les violences basées sur le genre. Ce projet est porté par l’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI) en partenariat avec le Fonds des Nations-Unies pour la population (UNFPA) et le ministère guinéen de la Jeunesse. Suivez-nous également sur les réseaux sociaux avec le hashtag #GquiOse.

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