Fatoumata* est une jeune femme guinéenne. Plus de trois ans après son mariage, elle peine encore à faire son premier geste. Ses longues nuits de prières, ses multiples visites médicales chez le gynécologue, les litres de décoction, les talismans, les feuilles, les racines et les écorces des arbres, la pharmacopée… n’ont tous pas encore produit leur miracle !  La jeune dame porte constamment le stigmate et le poids de cette situation dans une société où les femmes “stériles” sont rejetées, harcelées ou même poussées au divorce.

Le fardeau est lourd mais Fatoumata* trouve encore la force de supporter son “infertilité”, en espérant que le miracle se produira un jour. Elle pense que les autres femmes qui, comme elle, subissent les caprices de la société ne doivent pas se laisser atteindre par des préjugés et stigmatisations qui ne reposent que sur des simples désirs d’autrui.

Pour Génération qui ose, elle produit ce témoignage plutôt pathétique…

Je suis à plus de 3 ans de mariage. J”ai beaucoup essayé mais j’échoue, comme toujours, à faire un enfant. Je suis une femme guinéenne. Dans nos coutumes, quand une femme ne réussit pas à faire d’enfants les mois suivant son mariage, elle est harcelée de toutes parts. Certains m’accusent d’être responsable que mon mari et moi n’ayons pas encore d’enfant. D’aucuns se moquent carrément de moi.  Mais en quoi suis-je fautive ? Un jour, alors que je prenais part à une cérémonie de baptême, à ma grande surprise, devant tous les invités, on m’a traînée par terre, dans du sang de la bête égorgée pour baptiser le bébé. On tapait sur moi et d’autres mains baladeuses sont allées jusqu’à mettre le sang de l’animal à mes parties intimes. Apparemment, c’est un rituel que certains font pour faciliter aux femmes “stériles” de faire des enfants. J’ai eu mal au plus profond de mon être ! Je suis harcelée et obligée de me soumettre, parce n’étant pas encore en mesure de donner naissance. Je vis constamment dans la peur. À quand la fin de toutes ces moqueries, ces insultes? Je me demande toujours ce qu’ils vont faire encore quand on se réunit pour une cérémonie familiale. J’étouffe, j’ai mal ! Même quand je suis malade et que ce n’est pas une grossesse que j’annonce, certains vont jusqu’à me souhaiter le pire. Tout comme moi, mon mari se sent gêné par la situation. Il fait le nécessaire pour les traitements. Mais il compte épouser une autre femme parce qu’il a envie de faire des enfants et que notre entourage pense que c’est moi qui suis incapable de tomber enceinte. Mais lui, il m’a rassuré que tout ce qu’il n’a pas le pouvoir de s’octroyer, qui ne dépend que de Dieu, quand il ne l’a pas, cela ne va pas l’empêcher d’avancer. Ma mère, que dire d’elle? J’ai mal pour elle. Je la vois souffrir tous les jours, crier à l’aide, prier pour voir ses filles heureuses.

Aux autres femmes qui vivent la même chose que moi, je leur dirais que le fait de n’avoir pas eu d’enfant n’est pas un péché. Ce sont des choses de la vie. Mais le cauchemar que nous subissons n’est pas juste. Il faut que les voix se lèvent pour mettre à ce type de violences que la société nous impose. Personne ne devrait subir ces humiliations. Les injures, les pressions morale et psychologique dont sont victimes les femmes “infertiles” dans nos sociétés sont des violences que la société trouve normale et ne dénonce pas. Pourtant, elles ont des lourdes conséquences sur les concerné.e.s ; cela doit donc cesser !


*Nom volontairement changé par l’équipe de rédaction de Génération qui ose

Image d’illustration – Crédit photo : Médisile / Iwaria.com

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