Dans certains établissements d’enseignement scolaire, il demeure encore des pratiques condamnables qui sont encore infligées aux jeunes filles et garçons. Des sanctions qui consistent, pour les punis, à prendre les oreilles et d’effectuer des mouvements continus de vas et viens en se levant puis en s’asseyant, autrement appelés des “pompes”. Si les jeunes garçons s’en sortent avec moins de problèmes, les jeunes filles, elles, subissent des douleurs pénibles qui, à la longue, peuvent laisser des séquelles qui affectent leur santé. Nous avons rencontré des jeunes filles élèves qui ont été victimes de cette forme de violence à l’école. Nos interlocutrices ont toutes indiqué avoir eu des saignements à la suite de ces punitions. Même si cette forme de violences perdure dans le monde scolaire, elle reste encore peu connue par les organisations qui œuvrent dans la lutte contre les violences basées sur le genre.

Depuis des années, l’utilisation du fouet est interdite par les autorités éducatives en Guinée. Seulement, il se trouve que cette mesure est mal reçue par certains enseignants. A défaut du fouet, ils utilisent des méthodes peu conventionnelles pour sanctionner les jeunes filles pour une faute plus ou moins importante. Ce sont souvent des jeunes filles âgées de 8 à 14 ans qui sont victimes de ce type de violences en milieu scolaire. Ces traitements entraînent des saignements, des douleurs physiques pénibles, parfois des déboitements, pendant plusieurs, chez les victimes. C’est ce qui ressort des témoignages qu’on a obtenus…

Sarah, 27 ans est mère d’une fille âgée de neuf ans qui évolue en classe de CE1 (3e année). Sa fille a été victime de violences de la part de son maître-répétiteur à domicile. « Ma fille a subi une sanction de son répétiteur un soir, au moment où ce dernier contrôlait ses devoirs qu’il lui avait donnés la veille. Il a trouvé que la petite n’a pas traité son devoir. Il lui a ordonné de pomper vingt fois. Après l’acte, ma fille s’est retrouvée avec des douleurs, mais elle n’a pas osé me le dire. La nuit, j’ai constaté que le drap du lit sur lequel elle couché était taché de sang. Pour un début, j’ai pensé à un viol et c’est après que j’ai mis la pression sur elle qu’elle m’a avoué ce qui s’est réellement passé. A l’hôpital, le médecin nous a fait savoir qu’il y a une déchirure de son hymen », confie-t-elle.

Cette façon d’agir de ceux qui sont censés donner du savoir aux jeunes élèves conduit en grande partie aux effets contraires. Pour une raison ou une autre, ils dictent leurs lois aux apprenants, souvent en employant des méthodes violentes. Aissatou Diallo est élève en classe de 8ème année. Agée de 14 ans et rencontrée à Ansoumaniah, un quartier relevant de la commune urbaine de Dubréka, elle raconte avoir été contrainte de pomper par son professeur au motif que son cahier n’était pas à jour. « Apres avoir vérifié nos cahiers à son arrivée dans la classe, il a mis de côté tous ceux qui n’avaient pas leurs cahiers à jour. Puis, il nous a dit de prendre les oreilles et de pomper. Je pensais que c’était 10 ou 20 fois, mais il a dit que c’est 50 fois. Nous étions près de sept élèves, des filles et des garçons. J’ai commencé à pomper et difficilement j’ai réussi à finir. Le professeur me demande de revenir au tableau mais je ne pouvais pas parce que les pieds me faisaient mal. Arrivée à la maison, je ne parvenait pas à me déplacer. Mes parents m’ont envoyé à la clinique où le médecin a trouvé que j’avais même saigné. Nous avons dépensé 250 000 GNF pour les médicaments », explique la jeune fille.

Des enseignants en situation de classe ne sont pas les seuls à user de ces méthodes pour sanctionner les jeunes élèves. Dans la communauté scolaire, les vigiles ne sont pas en reste dans ces pratiques. Souvent, les responsables d’écoles portent le choix sur des jeunes hommes aux gros bras, d’un caractère physique imposant et dotés d’une grande force. Ne disposant pas de notions pédagogiques, ces “gros” bras poussent les élèves à pomper aussi.

Nous avons rencontré *Djamila, 14 ans, élève en classe de CM2 (6e année), qui évolue dans une école privée à Sonfonia-Radar. Elle n’arrive pas à chasser de son esprit la punition qui semble être la plus douloureuse qu’elle ait connue dans sa vie de jeune élève. Son seul tort : être arrivée dans son école en retard. « Nous sommes arrivés à 8h20, nous avons trouvé le “body guard” à la porte avec un tuyau noir qui lui sert de chicotte. Il nous a demandé de pomper, ma cousine et moi. Chose que nous avons fait. Nous avons pomper plusieurs fois, il ne disait rien. Un autre groupe est arrivé, il a dit au premier groupe de partir. Vu que je suis grosse, je n’ai pas pu me relever à temps. Il m’a dit de pomper avec le deuxième groupe. Je lui ai fait savoir que je suis venue avec le groupe qui vient de quitter, il ne m’a pas cru. J’ai continué à pomper, toujours avec ceux qui m’ont trouvée sur place ! À mon retour de l’école, je n’ai pas ressenti de douleurs. Au troisième jour, mes jambes sont devenues lourdes et je ne pouvais plus marcher. Mon papa a cherché à savoir ce qui m’était arrivé, je lui ai dit que c’est le vigile qui m’a fait pomper. Cela l’a mis dans une très grande colère. Il s’est rendu à l’école pour se plaindre. Quand mes parents m’ont envoyée à l’hôpital national Donka, les résultats de l’examen ont montré qu’un de mes nerfs s’était écarté ; suivi d’un saignement. J’avais l’impression que ma jambe était déboitée. Ça nous a coûté 950 000 GNF et j’ai fait plus d’un mois à la maison », raconte-t-elle.

Ces pratiques bien qu’elles soient des cas isolés dans certaines écoles, quelques uns parmi les enseignants en font régulièrement recours pour sanctionner les élèves qu’ils ont en charge. Des observateurs révèlent qu’en zone rurale, ces pratiques sont également courantes. Est-ce vraiment nécessaire de procéder ainsi pour corriger un.e élève considéré.e comme ayant commis une faute ?

Mohamed Diawara – Contributeur de Génération qui ose

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